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Présentation

Breve

Depuis que la révolution numérique a débuté, la volonté de la France de permettre à tous d’en bénéficier s’est affichée. L’une des mesures phares fut le lancement de la Télévision numérique terrestre, qui peut se targuer d’être reçu par la quasi totalité des Français. Souvenons nous de ses premiers pas : il y avait une ambition, il y avait de l’enthousiasme, il y avait enfin de la profonde détermination.



Aujourd’hui, plus problématique,  est l’avènement d’une radio numérique terrestre. Toujours le même objectif, celui de diffuser des émissions, nouvelles, à tous et surtout partout, dans la meilleure qualité possible.

 

Une réflexion sur la libération des ondes s’entame, logiquement, avec le démantèlement de l’ORTF, crée après la Seconde Guerre. Quelle place accorder à l’information « publique » ? Elle sera générale, aussi bien culturelle, économique, politique que géographique, canine, ou distractive. Comme avant, rien ne change quant à sphère. Cependant, si elle est générale, elle reste spécialisée. Il faut aussi réaliser que la radio a un caractère de service publique, tout au moins une importance autre que la seule auditive. En effet, la radio n’est pas moins qu’un média et peut, à l’instar de la presse écrite ou de la télévision, jouer un rôle de force politique. D’où alors l’intérêt de la protéger voire, au pire, de la contrôler.

Face à la démultiplication des sources émettrices, en majorité par les associations, nous ajouterons à la diffusion pour tous et partout, un « par tous ». La place de ce dernier est primordiale, puisqu’il est, et cela coule de source, à l’origine même de la réception par les auditeurs et par les postes.

 

Deux critiques viennent cependant tempérer la radio numérique, récemment émis par le président de Radio France, M. CLUZEL. La source de l’émission est elle même en pleine mutation. Plus rien n’empêche de composer son propre programme, que l’on gardera pour soi même, et pas pour les autres. Le podcast est une espèce du genre, ainsi que la playlist, les sites Internet : la radio à la demande. Internet peut jouer un rôle important quant à la mise à disposition de fichiers par les radios actuellement existantes. C’est notamment le cas avec Radio France qui utilisera cet outil comme une plate forme. Avec le développement d’une offre toujours plus importante, avec l’accélération d’une nomadisation numérique, chacun se faisant déjà sa radio, celle-ci pourra justement soutenir sa communauté. Il n’est pas anodin de souligner que la moitié des dossiers, au nombre de 358 aujourd’hui, remis au CSA proviennent d’associations. Cela signifie-t-il la perte de la pertinence des émissions ? C’est un risque pouvant être écarté simplement en y attachant peu d’importance.

 

M. CLUZEL propose  une nouvelle radio, prenant appui sur le numérique. Une qualité sonore, on l’aura compris, quasiment irréprochable et couvrant la totalité du territoire national et dépassant les frontières avec internet. Et surtout la rénovation profonde de l’émission jusqu'à sa valeur pour pallier à une baisse d’audience qui est apparus avec l’avènement, nous l’avons vu, d’autres sources, plus personnelles. La nature des nouvelles valeurs de la radio sont peu connues. Elle sera posée sur le cadre de l'interactivité plus que sur le seul sujet de l'émission. Quoiqu'il en soit, nous pouvons être certains que la nouvelle radio numérique est à la fois structurelle et substantielle. Une radio qui change au plus profond de ses habitudes c'est une révolution qui se prépare.


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 Voici longtemps que j'ai abandonné ce blog, peu porté par le temps.
 J'y reviens comme on retourne dans un pays que l'on a connu autrefois, avec le desir de retrouver ce que l'on y avait laissé. Je sens les mêmes aromes, les mêmes sons, les même couleurs; mais je crois que j'en rajoute.
  
  J'essayerai d'être un peu plus fidele et docile, malgré l'absence de lien contractuel.

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Savoir et Pouvoir.

Est-ce à partir de cet agencement, cette dynamique que l'on peut peut résumer la prise de décision et de son application? N'est-ce toutefois pas qu'une synthèse plus ou moins imparfaite d'une réalité autrement plus complexe, plus relative? Enfin, l'absolu de la décision ne se traduit-il que par un absolutisme de sa mise en pratique sur la masse?




Le Savoir à quelque chose de réjouissant. Il a de son coté l'Esprit de la conscience. Il n'y est pas forcément raisonné. Il peut y être au contraire une mystification particulière de la société dans lequel il s'agite. Il se veut libre, il veut acquérir son indépendance, tout au moins une certaine autonomie vis à vis de ceux qui l'entourent. Il veut au moins se régir lui même, créer ses propres normes, sa propre loi. Toutefois, il restera affilié à sa communauté. Si l'Homme est un animal politique, il doit  vivre en société, et non en bestialité. Il aide, par la force qui en lui, un ensemble qui lui échappe de moins en moins. Est-il alors devenu l'esclave de sa propre condition? Son esprit n'est pas moins libre que lorsqu'il était bête? Il a reçu la grâce de ne plus être sous le coup de lois qu'il ne comprenait pas ou dont il ne pouvait y réchapper. Dorénavant, il produit sa propre loi. Il la marque de son sceau. Il s'est libéré de la loi de la nature. Mais la nature n'est jamais bien loin. L a jungle est tapie au coeur de la ville. La démesure passionnée sera toujours présente, l'hubris haït par Platon est au coeur du citoyen. Il ne peut que tenter de le soumettre à son intelligence. Des outils le permet.

La morale, quel qu'elle soit, est présente dans la conscience collective. Elle se crée un ensemble de mythes, que l'ensemble accepte, de manière plus ou moins embrassée, acceptée. Cette morale, cette éthique, se crée pour l'individu dans la société. Il ne s'agit pas d'un carcan, mais d'une normativité (pardonnez ce néologisme!) dans laquelle s'insère non l'individu, mais l'homme fait citoyen dans la communauté, un ensemble créé par la communauté elle-même.

L'intelligence se nourrit du savoir. Il est son unique gourmandise. L'esprit de construit: la lecture la seme de ses connaissances, et la discussion la polit.  Il nous appartient alors de la faire briller, pour une oeuvre particulière, ou bien plus générale. 
Il y a ceci d'ordinaire que le masque de l'hypocrite tombe. La confiture et la culture: la tartine tombe forcément du mauvais coté. Car elle se mesure facilement, sans trop se tromper, par celui qui en sait vraiment un peu plus. Or le jeu de l'hypocrite est de faire comme dans un monde dont il est l'étranger, avec dans sa besace un certain nombre d'objectifs plus ou moins de bonne facture.




Le Pouvoirse sert du Savoir. Ou plutôt l'homme qui sait a une plus ample aptitude à l'atteindre ou à l'utiliser que l'homme qui ne sait pas. Comment voulez vous que celui qui ne sait pas arriva au pouvoir, ou s'il y arrive l'exerça de la plus vertueuse et heureuse manière? Accepterions nous d'avoir à notre chef le pire des imbéciles? Un âne au pouvoir, les hommes seront mieux gardés. Le Borgne est roi au pays des Aveugles, car il voit. Il s'appuiera sur des données que ses sujets ne peuvent comprendre. Athéne se perd lorsqu'elle se cherche ses magistrats dans le tirage au sort. Est-ce un espoir placé dans les dieux? Qu'ils choisissent à sa place! Il y a heureusement quelques charges qui échappent au sort. 
Nous perdons nous lorsque nous choisissons, nous même, nos magistrats? Malgré l'usage qu'ils font de leurs savoirs?

Ce que nous pourrions appeler l'Instance, une personnification, une humanisation du savoir dans tout les jours, dans tout les espaces, dans tout les temps. Une moralisation du savoir. La légitimation de l'autorité de ceux qui possèdent un savoir. Est-ce à décrier? L'Homme n'est il pas cet animal qui fît de la politique; qui veux tendre vers un état de grâce? Alors, faut-il ne pas écouter nos pères et nos pairs qui en savent plus, et les dénigrer, les salir: leur demander de se taire? Et l'Histoire se repetera toujours, dans une marche qui, toujours, choit. Ou écoutons nous d'une oreille attentive, et absorbons nous leurs paroles? Cette parole que leurs expériences et leur intelligence a pû construire.
Il ne s'agira pas d'une parole qui détruit, c'est la même que celle de l'Antiquité. C'est une parole elle même dotée de son esprit, qui défait ce qui est faux, déblaye les erreurs, et retire les impuretés qui ne manquent pas.


Certains peuvent souffrir d'être commandés. S'estimant libres, ils ne veulent d'ordres ni d'un curé parce qu'il est débile et qu'il faut qu'il se mêle de ses affaires, ni d'un professeur parce qu'il ne cesse de martyriser les autres, et qu'il ne fait que ce que doit faire un brave fonctionnaire. Ils ne veulent d'ordres d'aucunes autorités, encore moins si elle procédait d'autre chose que de la démocratie.

Il a été dit que si la majorité n'avait pas toujours raison, l'opposant (est à entendre le gouvernant) avait tort s'il n'arrivait pas à imposer ses vues, et a les faire admettre. Montrer que la foule à tort, c'est bien une mission que le pire suicidaire, s'il en est, ne voudrait pas!
Pourtant, c'est bien à cette tache que s'astreignent les curés, les professeurs, les intelectuels (quoique), les "vieux". Tous ces vigies de l'homme sont postés au remparts de la cité, scrutant jours et nuits, l'oeil toujours aux aguets, jamais soufflants, a attendre une masse sombre qui irait se fondre sur ceux dont ils ont une charge. Ceux là sont dignes d'être écoutés, et non d'être déniés, c'est la sécurité et notre vie que nous jouons.

Savoir et Pouvoir ne sont pas contraires, mais la meilleurs organisation de vie est celle qui les allies.

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Le Monde,
le 29/05/2008
par Henri Tincq.



Il est le photographe le plus jalousé de la planète. Celui d'une star très particulière, le pape, dont il partage, dans ses appartements privés et chacun de ses voyages, l'intimité quotidienne. Il n'ignore aucune de ses habitudes, de ses mimiques, de ses expressions de piété, de bonheur, de fatigue. En complet strict et cravate noirs, Arturo Mari a le physique impassible de celui qui exerce, plus qu'un métier, une mission.

 

Pas à pas, il suit le pape, le mitraille, fixe sur la pellicule l'instant d'un homme et l'éternité d'un rôle. Derrière son viseur, un seul sujet : l'évêque de Rome, ce souverain absolu, héritier d'une lignée de grands administrateurs, de despotes et de saints.

Arturo Mari prend sa retraite, après avoir été, pendant cinquante et un ans, le photographe officiel de six papes. Il est né à l'ombre de la coupole de Saint-Pierre, à cent mètres de la basilique qui rythme la vie du borgo, ancien faubourg de Rome aux ruelles étroites, débordantes de pèlerins et de touristes. Son grand-père Nicola et son père Orlando étaient déjà des "sanpietrini", ces petits fonctionnaires romains attachés au service du pape. Arturo se souvient que, à 6 ans, il développait avec dévotion ses photos, aidé de son père, dans la chambre noire.

Sa vie bascule à 16 ans quand son père croise le directeur de l'Osservatore Romano qui, intéressé par le goût du jeune homme pour la photo, le convoque. "J'y suis entré le vendredi 9 mars 1956 à 11 heures, dit Arturo. Je n'en suis jamais sorti." Il consent à sourire quand on lui demande le nombre de clichés qu'il aura pris. Cinq millions, lance-t-il au hasard, dans son laboratoire près de la porte Sainte-Anne, tapissé de centaines de planches-contacts, de tirages et d'écrans.

Dans ces collections se déroule l'histoire de plus d'un demi-siècle d'Eglise. Pie XII, ce pape d'un autre âge perché sur sa sedia gestatoria, au pied duquel s'agenouillent ses proches avant de lui adresser la parole. Puis le "bon" Jean XXIII (1958-1963) que Mari photographie à la prison Regina Coeli et dans des hôpitaux romains. Le protocole s'assouplit, les portes s'ouvrent, le concile Vatican II débute. Icône du ciel, le pape descend sur terre : "Les gens commencent à le voir, à le toucher, à le suivre", commente Mari.

Il fait partie du premier voyage d'un pape à l'étranger (à l'époque moderne), celui de Paul VI (1963-1978) en Terre sainte en janvier 1964. A Jérusalem, il immortalise l'accolade échangée avec le patriarche Athenagoras de Constantinople. Des siècles d'anathèmes et d'excommunication s'effondrent entre la chrétienté d'Occident et celle d'Orient. De Paul VI, dont Mari loue la finesse, on dira qu'il est "Hamlet" au Vatican. Le photographe fixe sur la pellicule les souffrances intérieures, mais aussi physiques de ce pape, crucifié à la fin de sa vie par les douleurs de l'arthrose.

Jean Paul Ier lui succède à l'été 1978 : un règne de trente-trois jours, bref comme l'éclair. C'est Mari qui crée la légende du "pape au sourire". Non préparé à sa fonction, "pauvre Pierrot déguisé en prince", le pape "blague" avec son photographe. Le cliché de sa silhouette blanche déambulant, au soleil couchant, entre les allées de pins du Vatican fait le tour du monde.

Mais c'est avec Jean Paul II (1978-2005) qu'il arrive au sommet de son art. Il ne manquera aucun de ses 104 voyages à l'étranger ni de ses 600 déplacements en Italie. Dès 6 h 15, à l'heure de la messe dans la chapelle du pape, le photographe est là, immortalisant les témoins privilégiés de ce premier acte de la journée. Il le suit dans les audiences, les déjeuners, les cérémonies, les promenades. Stakhanoviste de la photo, Mari ne s'accorde que cinq jours de congé par an, quand le pape fait ses exercices de Carême, et il ne se souvient que d'un jour de congé maladie.

La presse internationale reprend ses photos, devenues un immense album illustrant, vingt-six ans durant, la saga Jean Paul II. Dont celles qui lui sont le plus chères : le jour de son intronisation, Jean Paul II relève le cardinal Wyszinski, primat de Pologne, agenouillé devant lui. Lors de son premier voyage au Mexique (1979), une petite fille lui offre une poupée de chiffon. Il le filme en Afrique portant dans ses bras une petite victime du sida. Le jour de l'attentat du 13 mai 1981, place Saint-Pierre, il appuie sur le déclencheur "dans un moment d'inconscience totale". Pour la première fois, il hésite à vendre ses clichés et ne se décide à le faire que la nuit, devant les photos floues dont une agence privée inonde le marché. Mari sera le seul photographe autorisé à voir le pape lors de ses hospitalisations à la clinique Gemelli.

Il se souvient d'Ayacucho au Pérou, quand Jean Paul II traverse une forêt peuplée de guérilleros du Sentier lumineux. Le pape fait arrêter la voiture, se saisit d'un mégaphone et crie à qui veut l'entendre : "Messieurs, je suis là. Je viens en homme de paix. Je parle au nom d'innocents, pères, mères, enfants que vous avez tués. Vous êtes des assassins. Rappelez-vous qu'un jour vous aurez des comptes à rendre à Dieu." A Pusan, en Corée du Sud (1984), Jean Paul II rétablit une visite, retirée par le protocole, à une île abritant des lépreux et là, se souvient Arturo Mari, "je l'ai vu se mettre à caresser, à embrasser, à bénir, un à un, quelque 800 lépreux".

Avec un tel sujet, le photographe perd toute objectivité. Il est dans la légende, la confidence, l'amitié. Le pape fait partie de sa famille. Chaque jour, Jean Paul II lui demande des nouvelles de sa femme, Corinna, une Equatorienne, de son fils Juan Carlos, qui sera ordonné prêtre par Benoît XVI. Mari est présent lors de l'historique rencontre avec Gorbatchev au lendemain de la chute du Mur. Voyeur malgré lui, il est témoin de l'amitié stupéfiante qui naît entre les deux hommes. Il égrène les souvenirs de Raïssa Gorbatchev, "tremblante d'émotion" devant le pape, puis les appels de l'ex-numéro un soviétique, demandant à Jean Paul II de prier pour sa femme en train de mourir.

Le photographe du Vatican peut-il tout filmer ? "J'ai parfois hésité, mais mon devoir est de transmettre et cela restera, pour moi, un honneur d'avoir transmis au monde, à travers mes photos, quelque chose de la mission du pape." Mari s'est toujours senti libre, éprouvant seulement une répugnance à le photographier en train de prier : "Mon travail s'arrêtait quand le pape se mettait en prière. Pas question pour moi de gêner sa rencontre avec Dieu." Le 2 avril 2005, à l'appel de Don Stanislas, secrétaire de Jean Paul II, Arturo s'avance, pour la première fois sans appareils, dans les appartements du pape en train de mourir. Celui-ci caresse sa main et lui souffle un "Grazie, Arturo, grazie." "J'ai alors compris qu'il partait pour son plus long voyage", dit le photographe. Benoît XVI lui a renouvelé sa confiance, mais Mari a rangé ses objectifs et formé un successeur. La relève est assurée.


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Le Monde,
16 avril 2008
Jean Birnbaum et Nathaniel Herzberg


La colère est montée vite et fort. Adopté dans l'indifférence par le Sénat, le 8 janvier, le projet de loi relatif aux archives, qui sera examiné par les députés à partir du 29 avril, suscite une vague de protestation. Ainsi, initiée le 12 avril par l'Association des usagers du service public des archives nationales (Auspan), une pétition visant à dénoncer le projet de loi a recueilli, en trois jours, 500 signatures d'historiens et chercheurs.

La fronde excède largement les seuls milieux académiques : tandis que le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) dénonce un projet qui "aggrave les conditions actuelles d'accès aux archives et porte atteinte aux droits des citoyens", la Ligue des droits de l'homme s'inquiète de la menace qui pèserait sur "l'instrument de connaissance et de mémoire partagée que représentent les archives publiques dans une démocratie".

La révolte paraît à la mesure des attentes déçues. A l'origine, le projet du ministère de la culture se présentait comme un texte d'ouverture, visant à libéraliser la grande loi du 3 janvier 1979 en permettant aux citoyens d'"accéder avec plus de facilité aux sources de leur histoire". Ainsi, le délai de trente ans, jusqu'ici préalable à toute consultation d'archive publique, était remplacé par le principe de la "libre communicabilité".

Quant aux cinq régimes d'exception, qui s'échelonnaient de soixante à cent cinquante ans, suivant qu'ils mettaient en cause la vie privée, la sûreté de l'Etat, les affaires judiciaires, les données médicales ou patrimoniales, ils n'étaient plus que trois : vingt-cinq, cinquante et cent ans. Dans toutes les catégories, les délais se trouvaient raccourcis. Certes, une nouvelle catégorie d'archives "incommunicables" était créée, portant sur les armes de destruction massive et la protection des agents secrets. Mais l'équilibre général représentait un réel progrès aux yeux des chercheurs.

 

LA PRESSION DES NOTAIRES

 

Or le Sénat, contre l'avis du gouvernement, a transformé le texte de façon très significative. Il a d'abord réduit la portée de certaines mesures (sur les actes notariés, les archives des juridictions et les registres de mariage), notamment sous la pression des notaires.

Bien plus : il a durci quelques aspects du régime existant. Ainsi, au nom de l'allongement de l'espérance de vie, le texte voté par les sénateurs fait passer de soixante à soixante-quinze ans le délai de consultation pour les "documents dont la communication porte atteinte à la vie privée". Une exigence fondamentale des citoyens, insiste René Garrec, rapporteur (UMP) du texte au Sénat.

Un prétexte fallacieux, rétorque Sonia Combe, membre du CVUH et auteur d'un livre intitulé Archives interdites (Albin Michel, 1994) : "En 1996, le rapport du conseiller d'Etat Guy Braibant avait souligné cette utilisation abusive de la notion de "vie privée", dès lors qu'elle est étendue aux agissements des fonctionnaires d'Etat. En France, on maintient fermées les archives des camps d'internement qui existaient sous l'Occupation au nom de la protection de la vie privée des gardiens... La législation allemande est beaucoup plus claire : pour elle, la vie privée ne peut pas concerner les actes commis sous l'uniforme ou dans l'exercice de telle ou telle fonction."

A l'instar de Sonia Combe, nombreux sont les historiens qui considèrent le texte du Sénat comme une immense régression : "Avec une telle loi, Benjamin Stora n'aurait pas pu réaliser ses travaux sur la guerre d'Algérie, déplore Denis Peschanski. Idem pour nous, historiens de la seconde guerre mondiale. On ne peut pas nous faire la leçon sur le devoir de mémoire et empêcher le citoyen d'avoir accès aux archives. Par exemple, les politiques souhaitent qu'on rende compte de ce qu'ont vécu les harkis. Si on recule les limites d'accès aux documents, comment faire cette histoire-là ?"

 

"ON EST DES GENS BIEN"

 

Si le texte du Sénat devait être voté en l'état par les députés, notent les détracteurs du projet, certaines archives concernant la guerre d'Algérie ne seraient disponibles que soixante-quinze ans après la fin du conflit, soit en 2037. Surtout, ces restrictions refléteraient la suspicion que l'Etat français continue de faire peser sur les chercheurs : "On est des gens bien, quand on nous connaît, ironise l'historienne Anne Simonin. En France, il y a une vision très fantasmatique du secret d'Etat, comme si on allait aux archives pour attenter à la mémoire officielle. Mais en dix ans, il n'y a pas eu une seule action intentée par le ministère de la justice pour usage abusif. Qu'on en finisse avec cette vision négative du citoyen ! Il faut espérer que l'Assemblée nationale réagisse..."

Il se pourrait qu'Anne Simonin et ses amis aient été entendus : la commission des lois de l'Assemblée a adopté une série d'amendements qui, s'ils étaient confirmés en séance, reviendraient sur certains des éléments les plus controversés votés par les sénateurs. Pour les documents relatifs à la "vie privée", le délai de communication serait de nouveau ramené à cinquante ans. Parmi les arguments utilisés par la commission, on lit celui-ci : "Le maintien du secret pendant une trop longue période, loin de protéger l'action de l'Etat, paraît plutôt de nature à favoriser les fantasmes de toutes sortes sur l'histoire récente et les théories du complot."


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