Je suis en train d’apprendre Camus.
Pour ce faire, j’ai lu L’Etranger.
Et j’ai peur. Les premières lignes sont immensément froides. Comment peut on être aussi détaché du monde, au point d’être insensible à la mort de sa mère ?
voilà, c’est fait ; elle est morte. Que nous sommes loin de Cohen ! Elle est morte hier, nous dit l’homme, dans son « asile » (dixit). Elle avait une soixantaine d’années, on
ne sait plus trop. Il ne s’en souvient plus trop.
Et le jour d’après ? Il va s’aérer à la passe du port, où il rencontre une jeune femme qu’il avait connu autrefois. Alors, bien sûr, il est obligé à des
relations intimes.
Cet étranger du monde, au monde, semblera pourtant s’humaniser, un dimanche. On ne travaillait pas à l’époque. Il va à la plage, entre amis. Il éprouve une réelle
affection pour son amie, pour la première fois en la regardant rire. Le rire rend libre, et libère tout son être à la face de notre sans-papier. Nous en avions peur. En a t-il peur ?
Il semble réellement heureux.
Il aide celui qui qu’il considère son ami (copain, pote ?) dans une situation des plus tendre.
Mais c’est le même jour où il reçoit le coup de semonce. Il tue ; de sang froid (quoique bouillant). Pourquoi ? Avait t-il peur de cette once de
bonheur ? Comme si, d’un coup, tout lui tombait sur ses pauvres épaules d’argile.
Par le haut, le soleil le frappe de mille et mille coups ardant qui le piquent comme des dards empoisonnés. Pis encore, le bas aussi est attaqué par ce traitre sable
qui le brule, l’attrape et le traine en son sein.
Par le Bas, par le Haut, il est agressé par le monde qui l’environne. C’est la mer qui le frappe de ses lames. C’est peut être le regard, le corps fait face à lui, de
cette Arabe qui ne lui à jamais adressé la parole.
C’est toute sa personne qui est vaincu lorsqu’il tire. Il a peur. Il appuie encore, encore et encore. Comme pour s’assurer de son geste. Comme si, en tuant
l’Arabe, il devenait le vainqueur d’une bataille perdue. Que dis-je la bataille ? C’est bien la guerre qui est perdue.
Il l’a perdu d’avance lorsqu’il est venu à la plage, ce dimanche. Le dies dominicus est devenu le dies irae.
Il l’avait déjà perdu lorsque, dans son esprit, le monde n’était devenue qu’une farce et que lui seul était bien vivant, comme les autres. Triste jour. Pourquoi
la jouer ? Il n’en sait rien, alors il démissionne et devient spectateur. Il préfère rire des autre. En ris t’il ? Pas vraiment. Le spleen s’installe et, au plus profond de lui même, ne
compatit pas dans les malheurs des autres lorsqu’il y en a.
Il devient Etranger au spectacle en dévorant passif. Il devient le vulgus du passant ; en deçà du badaud qui peut encore lever le nez. Lui, il le garde
droit, parallèle au monde, en soi ; son monde, en somme.
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